Marchand d'écritures, in Être de mots et de vers, poésie

Publié le par F-EDITIONSNAIRE

 

 

 

D.L.-NAIRE-MRS-2012.JPGMarchands d’écritures

Chers amis obligés,

 

Courrier imaginaire d'un écrivain en herbe à son probable

 


Irrésistiblement, mes pensées s’agitent à l’idée que je me dois à présent de vous adresser mon manuscrit que je viens d’achever.

Mon manuscrit. Mon bébé porté des nuits durant. Seul, dans la pénombre de mon imagination.

Voici qu’aujourd’hui je vais devoir sectionner le cordon ombilical qui, longtemps, l’a retenu à moi.

Voici qu’aujourd’hui il devra vivre de sa propre vie. Le pourra-t-il ?

Je vous écris avec cette interrogation cruciale afin de m’assurer que vous saurez l’accompagner dans cette aventure non totalement prévue.

Je vous écris pour qu’en toute bienveillance vous assuriez son parrainage sur les sentiers scabreux de la vie, à parcourir par un paquet d’écritures lâchées sur des étagères encombrées et sans âme, des lieux de diffusion solitaires, des divagations littéraires.

Je vous écris sans crédulité. Cette qualité qui ne ceint que les cous des marchands d’emballages aux contenus jamais dévoilés avec.

Ce sont mes mots patiemment triés que vous proposez ou la combine arrangée des mains de votre obligé graphiste ?

Pourtant, de leurs corps nus, j’ai patiemment égrené les senteurs et sonorités de leurs dires avant de vous les confier. Pour mon ami lecteur.

Mais, voilés, vous avez rendu mes mots tout autres que mes desseins de créateur.

Pourquoi diable avez-vous fait cela ? Au nom de quelle pudeur, mon dieu ?

Sur le tertre fatal de mes livraisons sans palme, souvenez-vous-en, j’aurais fait votre fortune.

Votre obligé.

 

A paraître in Être de mots et de vers, Editions BAUDELAIRE, Lyon 1er semestre 2013

 

Publié dans POESIE

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